Managers êtes-vous de bons jardiniers ?

C’est devant un amphi plein et attentif qu’Isaac Getz a expliqué ce qu’était une « entreprise libérée » et pourquoi une telle entreprise réussissait mieux et était plus pérenne que les autres. La conférence, organisée le 12 mars dernier à Mines ParisTech par Intermines Carrières et TalanConsulting, a en effet attiré près de 350 personnes. Il faut dire que le sujet est d’actualité. La transformation numérique bouleverse les organisations et appelle de nouvelles méthodes de management.

Isaac Getz, Professeur à ESCP Europe et auteur de plusieurs ouvrages de référence (1), est un spécialiste du leadership et de l’innovation. C’est aussi un ingénieur en mathématiques appliquées doublé d’un docteur en psychologie. Cette pluridisciplinarité l’a amené à s’intéresser aux entreprises dans lesquelles les collaborateurs s’épanouissaient. « J’en ai cherchées, j’en ai trouvées, mais je n’ai pas trouvé de mode de fonctionnement que j’aurais pu modéliser. Le seul invariant que j’ai trouvé est le sourire des employés. Et ça n’est pas modélisable ! ».

Selon une étude de Gallup, seulement 6 % des employés dans le monde seraient engagés dans leur travail, c’est-à-dire envers leur entreprise, sa réussite et son développement. Pire, 69 % seraient désengagés et 25 % seraient activement désengagés ! Les entreprises doivent donc se poser la question de comment remotiver ces collaborateurs et susciter leur engagement. « Pour y parvenir, le manager doit devenir un bon jardinier, autrement dit connaître et satisfaire les besoins de ses collaborateurs comme un jardinier le fait pour ses fleurs ! », affirme Isaac Getz.

Révéler les talents et les potentiels humains

Certes, mais il n’existe pas de modèle ni de méthode. « L’entreprise libérée est une philosophie, un chemin à inventer qui commence par se poser les bonnes questions ». Ce chemin va d’un patron aux collaborateurs en passant par moins d’ego et plus d’humilité pour le premier, qui doit avoir confiance dans les seconds. C’est au premier qu’il revient de demander aux employés ce qu’il leur manque pour faire mieux, pour donner le meilleur d’eux-mêmes et d’y répondre jusqu’à ce que les collaborateurs changent les pratiques opérationnelles eux-mêmes. « Le manager ou le patron doit enlever les petits cailloux dans les chaussures et ne pas nager contre la marée de la défiance », poursuit Isaac Getz.

L’entreprise libérée, dans laquelle les employés donnent le meilleur d’eux-mêmes, repose sur trois principes essentiels. L’égalité intrinsèque consiste à traiter tout le monde avec le respect et la confiance dûs à leur intelligence. Concrètement, il s’agit de laisser chacun résoudre les problèmes qui se posent à son niveau, ne pas demander à ce que ces problèmes soient remontés. La réalisation de soi doit être recherchée autant dans l’entreprise qu’elle l’est à l’extérieur. Un collaborateur doit être content de venir chaque jour accomplir son travail, « et c’est possible ! », affirme Isaac Getz. Enfin, l’autonomie permet à chacun d’être responsable et de prendre les décisions qu’il faut à son niveau.

De nombreuses entreprises privées et organismes publics de toutes tailles partout dans le monde sont aujourd’hui « libérés », dont beaucoup en France. Et pas des moindres : Gore (Gore-Tex), Sea Smoke Cellars, Vertex ou le sous-marin nucléaire Santa-Fé aux Etats-Unis, OVH, Favi ou un programme d’Airbus en France… Le leadership n’est pas une discipline qui s’enseigne, « mais c’est l’art de révéler les talents et les potentiels humains », a conclu Isaac Getz.

(1) Son dernier livre publié en 2017 « Liberté & Compagnie » est édité chez Fayard.

En savoir plus, lire la Tribune de Virginie Lalanne de l’équipe People&Culture de TalanConsulting « De l’engagement de chacun nait la performance globale ».

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